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Reconstruction du Grand Orgue de la Cathédrale de Rouen (1)

Deux inaugurations du grand orgue sur un intervalle de  13 années

Les vicissitudes du grand orgue de la Cathédrale sont nombreuses; évoquons ici celles relatives au conflit de 39-45.

Une première restauration eu lieu à partir de  1940 après l’incendie de la tour de Beurre .

En effet  l’incendie allumé par les allemands à leur entrée dans la ville se propagea aux échafaudages de la tour de beurre et de peur que les grandes orgues ne prennent feu les pompiers les arrosèrent allègrement.

Le père Sénéclause alors Chancelier de Monseigneur Petit de Julleville(1) l’évoque dans ses souvenirs:

«Le lundi du 10 juin 1940, l’incendie brulait toujours. Vers deux heures, quelqu’un est venu dire à la conciergerie de l’Archevêché: «la cathédrale commence à flamber». Par le couloir de
l’Archevêché je suis rentré dans la Cathédrale dont les portes étaient fermées, Monsieur le chanoine Canu qui m’avait accompagné et moi même avons tout de suite remarqué que le feu était dans la tour de Beurre. Le chanoine Canu est alors sorti sur la place pour avertir les pompiers qui s’y trouvaient. Ils étaient dix huit avec leur capitaine. Les pompiers entrèrent dans la cathédrale et arrosèrent l’orgue pour qu’il ne flambe pas. Je suis allé chercher Monseigneur Petit de Julleville qui arriva par le portail central sur la place de la cathédrale ou se trouvait le commandant des pompiers et un officier Allemand. Quand celui-ci vit arriver
l’Archevêque qui était en tenue d’été, avec par conséquent sa croix pectorale bien en vue,  alla vers Monseigneur et lui dit: «ah ! vous avez une bien belle cathédrale monsieur l’Archevêque»,
et Monseigneur lui répondit simplement: “pour le moment elle brûle…!”. Le commandant des pompiers s’approcha: «Monseigneur on fera tout ce qu’on pourra pour l’éteindre, l’ordre est venu du grand quartier général allemand .

Afin d’essayer d’enrayer la propagation de cette incendie qui ravageait tout le quartier situé au sud de la cathédrale, les allemands avaient fait appel à une compagnie du génie ayant comme
objectif de détruire, en utilisant des explosifs, les maisons de la rue du Change(2) alors toutes proches de la tour de Beurre.  Les explosions causèrent de nombreux dégâts, dont la rosace datant du douzième siècle(3) de la façade occidentale (au-dessus du grand orgue) qui fut  pulvérisée par une déflagration.   

L’Abbé Bocquet quand à lui évoquait cet épisode en précisant:
«les grandes orgues furent sauvées de l’incendie, mais furent tellement arrosées que
de ce fait le bois se mit à pourrir et il fallut changer les jeux et les boiseries. Il fut inauguré en 42-43 par Marcel Dupré».

L’orgue fut de nouveau endommagé par la violence des  déflagrations des bombardements de 1944 où des torpilles (alliées celles là) touchèrent la cathédrale en divers endroits. La violence des déflagrations soufflant  notamment les tubes de l’orgue.

La guerre terminée, une nouvelle restauration fut entreprise par la maison Jacquot- Lavergne. Dans la «revue de Rouen» de 1957, Georges Lanfry décrit cette restauration: «la
commande des orgues nouvelles a été passée aux ateliers Jacquot-Lavergne de Rambervillers, il faut pour les recevoir réviser  entièrement le vieux buffet et même la tribune qui le porte. En
fait, tout l’ensemble est déposé, les poutres de bois qui soutiennent le plancher sont fatiguées. Aussi bien, celui-ci doit être modifié, agrandi, pour recevoir le nouvel instrument. Une
poutraison de fer vient le remplacer  et porter le haut bâti sur lequel prendront appui les planchers intermédiaires et le buffet ancien reposé. Ces opérations s’effectuent dans un temps record, et pendant de longs mois l’organier va pouvoir édifier l’orgue nouveau qu’à rêvé et désiré le maître Marcel Dupré.»

 

Effectivement les travaux de restauration sont  achevés lorsque le dimanche  17 juin 1956, à lieu quelques jours avant l’inauguration solennelle, la cérémonie pour la consécration du maître-autel. Laissons là encore la parole à Georges Lanfry: «les nefs se sont lentement remplies dans le recueillement du soir.  Ce n’est pas l’obscurité, une lumière tamisée laisse deviner au
fond du long vaisseau le chœur à l’entrée duquel deux cent prêtres se sont massés et, dans le sanctuaire, tout nu, le maître-autel qu’on va consacrer. On attend patiemment le consécrateur et son cortège qui, par le passage qui joint l’Archevêché, va faire son entrée dans la cathédrale. Le voici qui descend, dans ce mystérieux silence, le bas côté nord pour remonter la grande nef. Mais devant les orgues nouvelles, le prélat s’est arrêté. Son premier geste dans la cathédrale recouvrée sera pour les bénir. Sa voix s’élève ardente et claire vers l’instrument qui se tait, sa main lance en croix l’eau qui bénit.
Tout aussitôt, c’est le prodige, la réponse est immédiate, le grand vaisseau s’éclaire et l’orgue reconnaissant entonne puissamment son chant de naissance et sa première prière. Hosanna,
la cathédrale nous est rendue!».

L’Abbé Bocquet, qui fut présent pendant toute cette période de restauration de la cathédrale, évoquant trente ans plus tard  ses souvenirs à propos de cette cérémonie,  se rappelait notamment:
«le Maître Marcel Lanquetuit, tout heureux de retrouver son clavier restauré; comme Mr Jules Lambert celui du Chœur». 

     


    (1) Pierre Petit de Julleville, né le 22 novembre 1876 à Dijon et mort  le 10 décembre 1947. Nommé archevêque de Rouen en 1936 puis  cardinal par le pape Pie XII lors du consistoire du 18 février 1946

           (2)Rue située entre les places de la Cathédrale et de la Calende

    (3) En septembre 1939, cette rosace ne fut pas déposée lors de  l'opération de mise en caisse des vitraux de la cathédrale

    Luc le 16 octobre 2012

      Orgue 1