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La route du bagne

P1030712

Témoignage de Dieudonné, anarchiste condamné au bagne soupçonné d'avoir agi avec la bande à Bonnot :

"Le bagne de St Martin s'éveille dans un bruit inaccoutumé.  Chacun cause bruyamment au nez des gardiens, contents de ce départ qui va leur donner quelques semaines de répit. 400 forçats et 200 relégués sont maintenant dans la cour. Ce n'est pas une mince affaire que de les mettre en ordre 4 par 4.

L'appel n'en finit plus. Au dernier moment, on fait sortir des cachots les fortes têtes. La grand lumière du jour les aveugle. Ils sont pâles et maigres et leurs jambes flageolent. Eux seuls, sont enchaînés.

Tous les gardiens de Ré, tous les surveillants militaires présents, une compagnie de soldats encadrent le convoi. On ouvre les portes. Le long convoi s'ébranle, silencieux. Il repasse les petites portes basses des murs d'enceinte, traverse la cour de la caserne, franchit les hautes portes d'entrée du corps de garde.

Et voici la route jolie. Les journaux ont annoncé le départ, la route est pleine de monde, curieux ou parents...

Morne, le convoi s'avance au milieu de la foule muette. Quelques uns baissent la tête pour cacher des yeux mouillés."

 Récit de Henri Charrière dit Papillon, arrêté en 1930 :

" Il fait une chaleur épouvantable car on a fermé les hublots. A travers eux on voit la forêt vierge et impressionnante. On aperçoit les premières maisons avec leur toit de tôle ou de zinc... Trois coups de sirène nous apprennent qu'on arrive, puis tout bruit de machine s'arrête... Les surveillants ouvrent la porte de la cage et nous range par trois... Alignés sur le pont on nous dirige vers la passerelle... Une foule bigarée nous regarde, curieuse... Des noirs, des demi-noirs, des indiens, des chinois, des épaves de blancs (ces blancs doivent être des bagnards libérés)... De l'autre côté des surveillants, des civils bien vêtus, des femmes en toilette d'été, des gosses, tous avec le casque colonial sur la tête.

Nous marchons à peu près 10 minutes et nous arrivons devant une porte en madrier, très haute, où est écrit : Pénitentier de Saint-Laurent-du-Maroni, capacité 3000 hommes..."

 

(extraits trouvés sur le site : http://iledere.pagesperso-orange.fr/bagnards01.htm)

Aujourd'hui, le quai est arpenté par les touristes,  les remparts de la citadelle sont un passage obligé pour les vélos et les baigneurs,  et la Martinière est un célèbre salon de Thé - Glacier.

Le bagne est un centre de détention .... derrière les murs et par les fenêtres grillagées, on entend le bruit de l'Océan.